La cabane à sucre

Ces informations ont été recueillies et mises en forme sous l’égide du Comité culture et patrimoine de Ville de Portneuf.

Les coutumes et les croyances populaires concernant la cabane à sucre se transmettent d’une génération à l’autre, grâce aux générations de sucre qui se succèdent et aux conteurs. En voici quelques unes. L’influence de l’Église y est souvent présente.

Les augures

À ce qu’on dit, les premiers cris des corneilles annoncent l’arrivée du temps des sucres mais lorsqu’on entend ceux des outardes, ou lorsque la neige s’apparente à du gros sel, la coulée tire à sa fin. Il paraît même que lorsque les plaines coulent beaucoup, le printemps sera gros et quand la neige tombe d’apparence mouillée et épaisse, c’est signe d’une bordée des sucres.

L’apparition de l’oiseau de sucre signifie qu’il est temps d’entailler, tandis que les papillons des sucres noyés dans les chaudières des érables annoncent la fin de la coulée. Par ailleurs, lorsque la Grande Ourse, la Casserole des sucriers, devient plate à l’horizon, le temps des sucres est arrivé.

Don de sucre

Le sirop, la tire et le sucre font partie des aliments qu’on vend à la porte de l’église à l’occasion de la criée des âmes. L’argent qu’on en retire sert à faire chanter des messes pour les défunts de la paroisse. À certains endroits, on utilisait le sucre pour payer la dîme.

Le sucre, comme la viande lors de boucheries, peut être donné au voisin qui n’entaille pas, de même qu’à l’institutrice ou au curé. Les vieux parents qui se sont retirés au village, tout comme les frères, les soeurs et les enfants qui vivent éloignés, ont droit à leur sucre du bien paternel.

Il arrive qu’un amoureux remette un coeur de sucre à sa fiancée et celle-ci, en prenant la première croquette de sucre, formule un voeu, généralement celui de se marier bientôt.

Le passage de l’adolescence

L’une des étapes les plus importantes de la vie d’un jeune homme est celle qu’il franchit lorsqu’il passe de l’enfance à l’adolescence. Dans la Beauce, lorsqu’on confiait à un garçon la responsabilité de la cabane pendant la nuit pour faire bouillir, c’était signe qu’il avait laissé le groupe de l’enfance, et qu’il était assez vieux pour regarder par dessus la clôture, c’est à dire pour rencontrer des jeunes filles.

Rôle protecteur de la cabane à sucre

Une légende rapporte qu’un homme était poursuivi par un bandit et que, passant devant une cabane dont la porte n’était pas verrouillée, il entra s’y cacher. Aussitôt qu’il eût franchi le seuil, des araignées tissèrent leurs toiles, laissant croire au poursuivant que personne n’était entré depuis longtemps. L’homme fut sauvé et depuis lors, aucun sucrier ne barre la porte de sa cabane durant l’année.

Pendant la guerre ’39-’45, nombre de conscrits se cachèrent dans les cabanes à sucre.

Toute l’année, dans la cabane, on laisse des allumettes dans une petite boîte de fer blanc placée bien en vue sur une poutre, de même que du sirop d’érable. On dit qu’une personne perdue en forêt et qui s’y réfugierait pourrait ainsi se maintenir en vie.

La bénédiction des érables et autres coutumes religieuses

Certaines manifestations religieuses ont complètement disparu.

Par exemple, la bénédiction des érables qui avait lieu chaque année au XIXe siècle. Le curé, en habits sacerdotaux, suivi de ses paroissiens, se rendait dans une sucrerie et bénissait les érables en y jetant de l’eau bénite.

Le jour des Rogations, on se rendait à l’église et toute la famille priait pour que la prochaine récolte d’eau d’érable soit abondante. On priait aussi pour remercier Dieu lorsque la saison des sucres se terminait.

La statuette de Notre-Dame-des-Érables a sa place dans de nombreuses cabanes. Cette figurine, jadis sculptée dans une pièce de bois de cèdre ou de pin, est maintenant en verre ou en plâtre; elle représente la Vierge tenant d’une main l’Enfant-Jésus, et de l’autre une feuille d’érable.

Le rameau de sapin béni placé au dessus d’une poutre est encore présent, et à certains endroits, on retrouve aussi des médailles religieuses.

Le rameau de sapin béni était intégré à la technique du bouillage. Cette petite branche était suspendue juste au dessus de la bouilleuse, et dès que le gonflement du sirop avait lieu, elle avait la vertu d’arrêter le débordement. Une petite couenne de lard salé, de même que l’eau, le beurre, le lait ou la crème pouvaient aussi contrôler l’ébullition.

Art populaire et moules à sucre

Les formes et les motifs d’art populaire qui décorent les moules à sucre cachent un symbolisme profond. Ces images conventionnelles sont nombreuses et, sorties du subconscient, elles traduisent une recherche de la vie. Les motifs décoratifs des estampes et des moules à sucre se regroupent sous différents thèmes: la végétation, les astres, les formes géométriques, les organes vitaux du corps humain, etc. On retrouve la rouelle, le soleil, les fleurs, la gerbe de blé, le coeur, le phallus, etc.

Les superstitions

Le sucre de la punition fait aussi partie de la littérature orale du temps des sucres. Ainsi, le sucrier qui travaille dans son érablière au lieu d’assister au chemin de croix du Vendredi Saint voit ses érables laisser couler des gouttes de sang au lieu de sève.

Le propriétaire décédé avant d’avoir reçu le paiement dû pour la vente de sa sucrerie peut revenir tourmenter les bouilleurs pendant la nuit.

Une tradition faisant partie du droit populaire a également été relevée: celle d’inviter un ivrogne ou un mauvais bougre à la cabane à sucre puis de le rendre malade en lui faisant attraper la diarrhée. Il suffit de lui faire manger de la tire légèrement brûlée, ou fabriquée avec de l’eau de sève, ou encore de lui faire boire de l’eau du ruisseau.

Vocabulaire relié au temps des sucres

  • Bordée des sucres – Forte précipitation de neige qui n’arrive qu’une fois pendant le temps des sucres.
  • Bouilleuse – Évaporateur primitif pris dans son ensemble, c’est à dire la panne et le feu.
  • Eau de sève – Quand le sucrier utilise le mot sève, c’est pour désigner l’eau amère qui coule à la fin des sucres et qui ne fait pas de bons produits.
  • Générations de sucre – Le sucrier dira qu’il est de la troisième ou de la quatrième génération de sucre s’il est le troisième ou le quatrième descendant de la famille à posséder et à exploiter la même érablière.
  • Oiseau de sucre – Oiseau de la famille des bruants, fréquents à l’époque où l’on entaille les érables. Synonymes: Oiseau blanc. Oiseau de neige. Bruant des neiges.
  • Papillon des sucres – Papillon gris et blanc qui fait son apparition vers la fin de la saison des sucres.
  • Rogations – Cérémonies qui se déroulent pendant les trois jours précédant l’Ascension; elles sont destinées à attirer les bénédictions divines sur les récoltes et les travaux des champs. (Le Petit Robert 2006)
  • Rouelle – Partie de la cuisse du veau ou du porc au dessus du jarret, coupée en rond. (Le Petit Robert 2006)
  • Sucrier – Homme travaillant à la fabrication des produits de l’érable.

Référence
Site web. © Érablière du Lac Beauport.
Histoire du temps des sucres au Québec, sous l’onglet Coutumes et croyances. Textes: Raoul Carrier.
Conception Consultic 2000
Recherches et Idée
Fannie Ratté
Recherches et rédaction
Michelle Marquis (286-4612)