La guignolée

Ces informations ont été recueillies et mises en forme sous l’égide du Comité culture et patrimoine de Ville de Portneuf.

Encore aujourd’hui, dans la vallée du Saint-Laurent, le temps des Fêtes se caractérise, entre autres, par des tournées de quêtes. On profite de cette
période de rencontres et de plaisirs pour demander aux mieux nantis de partager leurs biens avec les plus démunis. La quête dite de la guignolée demeure l’une des plus importantes.

Au XIXe siècle, la guignolée est aussi appelée gnignolée, ignolée ou lignolée. La veille du jour de l’An, des jeunes gens se réunissent et parcourent les rangs des paroisses au son de la musique. Ils espèrent recueillir des aumônes en nature pour égayer les Fêtes des indigents.

Le 31 décembre, les enfants, particulièrement, ont donc le nez collé à la vitre et surveillent la venue des guignoleux. Ceux-ci se voient de loin. Aussitôt que leur joyeuse bande apparaît, quelqu’un crie : « V’LÀ LA GUIGNOLÉE! »

Les parents préparent une collation et déposent les dons sur la table. Toute la famille se poussaille pour s’habiller et aller au devant des quêteurs.

Mais attention, il ne s’agit pas de prendre d’assaut la maison. Il y a un cérémonial à respecter. Les jeunes gens entonnent d’abord la chanson « La guignolée » en battant la mesure avec de longs bâtons. Le maître et la maîtresse des lieux ouvrent alors la porte et invitent les guignoleux à entrer. Après un beigne, un morceau de pain, une rasade de rhum et un court échange de nouvelles, les quêteurs s’en retournent, portant les dons qu’on a bien voulu leur faire dans les voitures. Escortés d’enfants et de chiens du voisinage, ils se remettent à la musique.

Presque toutes les maisons des paroisses sont ainsi visitées. La quête terminée, on divise les produits récoltés en lots avant de se rendre, cette fois-ci, chez ceux qui en ont besoin.

Référence : Jean Provencher, C’était l’hiver – la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, Éditions Boréal, Montréal, 1986, 97-99.
Idée, recherche et rédaction : Michelle Marquis (286-4612).

La chanson de la Guignolée

Bonjour le maître et la maîtresse
Et tous les gens de la maison.
Nous avons fait une promesse
De v’nir vous voir une fois l’an.
Une fois l’an… Ce n’est pas grand’chose
Qu’un petit morceau de chignée.
Un petit morceau de chignée,
Si vous voulez.
Si vous voulez rien nous donner,
Dites-nous-lé.
Nous prendrons la fille aînée,
Nous y ferons chauffer les pieds!
La Ignolée! La Ignoloche!
Pour mettre du lard dans ma poche!
Nous ne demandons pas grand’chose
Pour l’arrivée.
Vingt-cinq ou trent’pieds de chignée,
Si vous voulez.
Nous sommes cinq ou six bons drôles,
Et si notre chant n’vous plaît pas,
Nous ferons du feu dans les bois,
Étant à l’ombre;
On entendra chanter l’coucou
Et la colombe!
S’CUSEZ-LA!!!

Version « telle qu’on la chantait encore en Canada, il y a quelques années ».
Rapportée en 1863 par Joseph-Charles Taché, dans la Gazette des campagnes.